Planète électorale

Publié le par krissolo

L’actualité est souvent marquée par ce que les journalistes appellent la loi des séries. Or, alors que la semaine dernière à été marquée par un enchainement de grèves du point de vue national (cheminots, professions de justice, buralistes, étudiants, …) et que cette semaine aura vu  le retour d’une actualité disparate (émeutes en banlieue parisienne, décès de Fred Chichin, tremblement de terre aux Antilles, discours inutile de Notre Bon Président sur le non pouvoir de non acheter, …) ce week-end semble dédié aux scrutins. Pas du point de vue national, il vous faudra encore attendre quatre mois avant de botter le c** aux candidats et élus sarkosystes, mais bien à l’international (qui n’est pas forcément le genre humain). Je vous propose pour débuter votre week-end un petit tour de la planète.

Rendons nous tout d'abord sur les bords de la Volga pour y traiter, un peu de ces élections dont tous les médias parlent depuis plusieurs jours maintenant, à savoir les Législatives russes. Qualifiées au mieux de comédie et au pire de bouffonnerie ou de déni de démocratie, ces élections à la Douma concernent tout de même le plus grand pays de la planète, en superficie. Elles sont sensées procéder au renouvellement du
Parlement et grâce à la participation d’une dizaine de partis s’affichent comme étant pluralistes et démocratiques. Las, les partis en question sont pour la plupart soit fantaisistes, soit tellement discriminés qu’ils ne peuvent se faire entendre dans quasiment aucun des médias russes. Car le kremlin semble avoir bétonné au mieux ce scrutin et le vainqueur parait être désigné d’avance, le parti « Russie unie » création du Président Vladimir Poutine qui, s’il mène la liste, n’a pour autant curieusement pas l’intention de siéger. On se croirait revenu aux temps des bolchéviques où tout était toujours joué d’avance. Seule différence, les scores prévus pour le parti du Président sont attendus entre 70 et 80% (et non pas 99% comme du temps de Staline ou de Brejnev). Par contre, les services secrets sont comme avant bien présents. Ils auraient même prévenu les gouverneurs de provinces que, si les scores requis n’étaient pas atteints, ils seraient destitués, voir poursuivis en justice pour affaires de corruption, que celles-ci soient avérées ou inventées. Et les russes, me direz vous, qu’en pensent-ils ? Et bien il semblerait que beaucoup soient, malgré la mascarade en préparation, prêts à aller voter. Par crainte de représailles pour certains – des bureaux de vote ont par exemple été installés dans certaines entreprises pour s’assurer que tout le monde va bien voter – mais aussi par conviction pour d’autres. Car sous ses airs de matamore, Poutine a réussi à sortir la Russie de la situation catastrophique où elle se trouvait à la fin des années Eltsine. La démocratie est bafouée, la Tchétchénie plus qu’à genoux mais l’économie va bien. Depuis 2000, la Russie a connu 7 années consécutives de forte croissance, et la crise actuelle autour des combustibles fossiles fait prévoir plusieurs nouvelles années d’embellie économique. Ayant connu la glaciation communiste puis la débâcle des années Eltsine, la présidence Poutine est vécue comme le serait un anticyclone, porteur de beau temps. Et tant pis si quelques opposants souffrent de violents coups de soleil …

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Source photo : http://geopopo.visoterra.com

 

Il y a ensuite, à près de 10 000 kilomètres de là, le référendum sur la Constitution qu’organise Hugo Chávez ce dimanche au Venezuela. Autre pays autres mœurs car si la Russie a clairement basculé du coté de l’autocratie, et si en France l’image du Président vénézuélien est fortement écornée, il faut au moins reconnaitre que ce scrutin est démocratique. Car, à l’heure où j’écris ces lignes, personne ne sait qui va gagner, du camp du « oui » ou du camp du « non ». Pour la 1ère fois depuis son arrivée au pouvoir, le Président vénézuélien, pourtant réélu il y a un an avec 63 % des voix, pourrait perdre un scrutin. Depuis des semaines les partisans des deux camps s’affrontent dans les médias et dans les rues à grands coups d’éditoriaux flamboyants ou de manifestations gigantesques. Et depuis des semaines, les grands enjeux de ce référendum sont décortiqués. Pour Chavez et les partisans de son « socialisme du XXIème siècle », ce référendum s’inscrit dans la logique des actes législatifs précédents et n’a d’autre but que de « donner plus de pouvoir au peuple ». Pour ses opposants, au contraire, c’es la démocratie qui est assassinée à travers ce scrutin et Miraflores, le palais présidentiel, est en passe de se transformer en bunker dictatorial. Comme souvent dans ces cas là, quand les positions sont aussi tranchées et divergentes, la vérité se situe sans doute au milieu. Hugo Chavez est, sans conteste, un Président qui a beaucoup fait pour le peuple, pour les plus pauvres et certains des articles portés par ce référendum lui permettraient de faire encore plus. Mais il a aussi de très fortes tendances à l’autocratie, et bon nombre d’autres articles de ce texte lui permettraient de renforcer cette tendance. Comme pour la Russie, le scrutin de ce dimanche sera en tous les cas regardé de très près par les démocraties occidentales. Car le Venezuela n’est rien moins que le 6ème producteur mondial de pétrole …

Dernier voyage et retour de « notre » coté de l’Atlantique mais de « l’autre » coté de la Méditerranée avec l’élection, retardée mais prochaine, du Président de la République au Liban. Après ces deux mastodontes que sont la Russie et le Venezuela, aussi bien en termes de superficie, que de démographie ou de poids énergétique, le changement d’ère est fort. Car le Liban n’est pas plus grand qu’un confetti à l’échelle mondiale. Mais il pèse, par contre, d’un poids certain dans cette région si sensible et stratégique qu’est le Proche Orient. Or ce pays se trouve depuis quelques semaines fasse à une crise institutionnelle grave. Le gouvernement, chargé de proposer à la ratification du Parlement le nom du nouveau Président - en remplacement d’Emile Lahoud -, n’y est pour l’instant pas parvenu. Il faut dire que le Liban est doté d’une Constitution confessionnelle qui donne aux musulmans chiites la Présidence du Parlement, aux musulmans sunnites le poste de Chef du gouvernement et aux chrétiens maronites la Présidence du pays. Par ailleurs, et pour ajouter un peu de complexité à cela, il faut savoir que le Liban comprend près d’une dizaine de groupes confessionnels et est de plus actuellement partagé entre partisans de la Syrie et opposants à ce grand – mais parfois bien encombrant - voisin arabe. S’il n’est pas certain que le nouveau Président soit nommé ce week-end, il semblerait qu’un accord soit en passe d’être trouvé autour de la personne de Michel Sleimane, l’actuel chef d’état-major des armées. Bien que nommé en son temps à ce poste par les partisans de la Syrie, il serait donc désormais désigné par la coalition anti-syrienne pour être le futur chef de l’Etat … Curieux tour de passe-passe sans doute voulu par Washington qui, en ces temps de relance crédible du processus de pays israélo-palestinien, ne peut se permettre de voir la situation libanaise se pourrir et aurait fortement fait pression sur les membres de la coalition du 14 mars, anti-syriens, pour arriver à cette désignation. Ce devrait donc être Michel Sleimane, proposé à contrecœur – on l’a vu - par les anti-syriens et accepté, tout autant à contre cœur, par les pro-syriens. Car ni le Hezbollah chiite, ni le général Aoun ne voient en ce militaire proposé par le camp adverse un allié sincère. Et nul ne peut affirmer aujourd’hui qu’un nouveau blocage est à exclure …

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Source photo : http://www.libanzine.info/

 

Russie, Venezuela, Liban, ce week-end risque bien d’être intéressant. J’aurai vraiment aimé y ajouter la Belgique, las, le nouveau 1er ministre n’est toujours pas désigné, ni le nouveau gouvernement formé. Les élections ont pourtant eu lieu le 10 juin dernier, il y aura donc bientôt 6 longs mois  ...

Publié dans Miscellanees de 2007

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càm 09/12/2007 08:36

il y a de nombreuses tensions à travers le monde, et je suis d'accord avec toi pour dire que la démocratie, terme englobant pourtant des notions de concorde et d'entente entre les humains, n'est plus qu'un mot sans grand pouvoir. Cela est bien triste.

krissolo 05/12/2007 00:15

Hello à tous,

Petites précisions en passant :
1. je n'éprouve aucun dégout pour la Russie, juste un grand désarroi de voir ce peuple, pourtant si souvent valeureux voir héroïque, se soumettre à cet autocrate mal dégrossi qu'est Poutine.
2. j'ai du respect pour ce qu'a fait Chavez pour son peuple mais ce n'est pas pour autant que je suis aveugle concernant ses tendances à l'autocratie.
3. J'ai bien parlé de la Belgique, mais j'ai trouvé juste que ce soit en post scriptum puisque le scrutin législatif a eu lieu chez eux il y a de cela 6 mois maintenant.
4. Je suis déçu que personne n'évoque le Liban dans ses commentaires mais bien moins que de lire ce soir sur le net que la solution, certes imparfaite mais qui a au moins le mérite d'exister, incarnée par Sleimane aurait du plomb dans l'aile.
5. Je n'ai pas parlé de Notre Bon Président car il s'agit d'un post orienté "politique étrangère" alors que pour lui il faudrait plutôt parler d'étrange politique.
@ + ...

Iyhel 04/12/2007 11:50

Cuba était-elle une dictature en 1961 ? Je me garderai bien d'en juger.

Fait-il meilleur vivre aujourd'hui à Moscou ou à Minsk qu'il y a vingt ans ? Là encore, je m'abstiendrai de répondre. Mais au moins aujourd'hui, c'est vrai, on peut fuir beaucoup plus librement vers l'eldorado.

Dire que le Vénézuela est une dictature me paraît un peu excessif, d'où une réponse volontairement caricaturale. Vouloir constitutionnaliser la censure est certes une connerie, mais une connerie qui répond (mal) à une situation précise. On appréciera le comportement de la presse "indépendante" lors du putsch de 2002...

Et puis pour rigoler, on verra si dans trois ans Chavez ressort la même réforme constitutionnelle mot pour mot... ah ben non, lui il serait obligé de refaire un référendum, ça se verrait.

falconhill 04/12/2007 07:52

Giscard (ou Balladur) et Lang n'ont jamais proposé la censure de la presse constitutionnalisé m'a t'il semblé.
Quant à la baie de cochons, elle n'est malheureusement qu'un épisode durant le début de dictature de Cuba. C'était y a plus de 40 ans, entre temps les pays soviétiques sont arrivés à la démocratie, et Kennedy est mort...

Il est bien ton billet Krissolo, il fait parler (et c'est vrai : tu as oublié la Belgique dans le triste panorama)

Iyhel 03/12/2007 22:01

Chavez a perdu, tant mieux et vive Chavez. Si seulement ceux qui s'émeuvent de ses supposées dérives autocratiques s'émeuvaient autant de celles de la Vème république française, que propose encore d'accentuer le rapport de Giscard et Lang...

La question à trois sous du jour : sans Baie des Cochons, Cuba serait-il (re)devenu une dictature ?