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Bleu roi :
Bleus comme les reflets des icebergs, comme les
océans traversés à toute vitesse par celui qui mérite sans doute le titre de sportif français n°1 de ce début d'année, j'ai nommé Francis Joyon. Alors que tous les médias, avides d'avoir
leur dose journalière de performances, l'ont déjà oublié et célèbrent aujourd'hui soit le tennisman Jo Wilfried Tsonga soit le skieur Jean Baptiste Grange, je voulais revenir sur l'exploit de ce marin hors norme. Non originaire d'une terre maritime et venu sur le tard à la compétition ce colosse de, déjà, 51 ans a battu dimanche dernier le record du tour du
monde à la voile en solitaire et sans escale. Lorsqu'il est parti, il devait abattre la barre des 70 jours, et lui et les observateurs pensaient bien qu'il y arriverait. Mais personne, même pas
lui, ne pensait qu'il fracasserait également celle des 60 jours. Or c'est ce qu'il a fait en arrêtant les compteurs de sa course folle à … 57 jours et 13 heures seulement, battant le précédent record de plus de 14 jours! Rendez vous compte, c'est un peu comme si aux 100 mètres, l'actuel record de 9'74 tombait à près de 9'50 ou si les 49,7 km du record
de l'heure à vélo étaient effacés pour atteindre 52 ou 53 km! Et au delà de cette performance résultant de la convergence d’un bateau exceptionnel, de conditions météorologiques proches de
la perfection et d’un skipper expérimenté et talentueux, je tenais à rendre modestement hommage aux marins en solitaire. Pour moi ils sont peut être, avec les alpinistes, parmi les derniers héros
du sport.
Bleu vert :
Bleus, et verts aussi, comme la couleur des
hématomes qui ont du couvrir les cuirs pourtant tannés des trois candidats présents lors du débat de dimanche soir sur CNN. Pour en avoir visionné quelques extraits, le débat
ayant opposé les trois derniers « grands » candidats démocrates a plutôt montré trois petits candidats. Trois petits candidats qui ont même donné une leçon de dissensions à
tous leurs cousins sociaux démocrates d'Europe, et singulièrement aux trois – eux aussi - anciens candidats à l’investiture socialiste à l’occasion des « primaires à la française » de
2006. Car à l'agressivité inédite d'Hillary Clinton a répondue la morgue traditionnelle d'Obama. Aux attaques de l’une ont répondu les ripostes de l’autre et aux invectives de l’un ont répondu
les quolibets de l’autre. Et John Edwards dans tout ça? Les extraits que j'ai pu voir ne le montraient quasiment pas. Et cela alors même qu'il parait être pourtant, autant que je puisse en juger
à la lecture de quelques articles sur son programme, le seul candidat vraiment démocrate. L'ex colistier de John Kerry s'était bien, au tout début de la campagne interne, distingué pour la
virulence de ses attaques contre Hillary Clinton. Mais arrivé à chaque fois troisième des votes qui se sont déroulés depuis, il se murmure qu'il serait en train - comme en 2004 - de monnayer au
plus offrant des deux « petits grands » sa place dans un ticket. Si tel était le cas le ticket serait historique en alliant soit une femme et un homme, soit un noir et
un blanc. Reste à savoir si les électeurs, au moment de la vraie élection, sauront oublier la guerre de tranchée virtuelle
à laquelle se livrent actuellement les candidats démocrates. Rien n'est moins sur.
Bleu nuit :
Bleue comme la ligne des Vosges, devenue mythique dans l’imaginaire français
à l’occasion d’une des batailles de ce qui fut sans doute la boucherie la plus absurde de l’ère moderne. Aujourd'hui a été enterré à l’âge de 110 ans l'avant dernier combattant français de la
guerre 14-18. La cérémonie religieuse s’est auparavant déroulée en toute discrétion, en refusant les honneurs que souhaitait lui rendre une République enfin
reconnaissante, dans la petite ville de Brioude en Haute-Loire. Et si j'évoquais tout à l'heure une guerre de tranchées virtuelle, celle à laquelle participa Louis de Cazenave fut bien
réelle, atrocement réelle. A tel point d’ailleurs que cette guerre fut nommée "la der des ders". Tout le monde sait ce qu’il advint, 20 ans après, seulement, de ce surnom ... La mort de Monsieur
Louis de Cazenave fait de Lazare Ponticelli, de quelques semaines son cadet et qui vit au Kremlin-Bicêtre, le dernier combattant français de la Grande guerre encore vivant. Le fait que ne survive
plus désormais qu'un seul et unique ancien combattant prend pour moi encore plus valeur de symbole alors que, le jour même de l’enterrement de l’avant dernier « poilu » était célébré
le 1er anniversaire de la mort d’un autre grand combattant, l’Abbé Pierre. Les points communs sont
nombreux entre eux. Car lui aussi savait ce qu'être engagé voulait dire, lui aussi avait connu le froid, la maladie, la boue. La seule différence, en somme, c’est que l’abbé, lui, n’a pas gagné
la guerre à laquelle il avait appelé un soir d’hiver 1954. Si l’au-delà existe, je suis certain que ces deux là, sans se connaitre, ont su se reconnaitre.

PS qui n'a rien à voir : Pas de musique ce soir ... la liste des artistes commençant par la lettre D, agrémentée de plus de vidéos ou de sons, ce sera pour la prochaine fois, ... peut
être).